L’Entrepot


L’Entrepot

C’était une triste nuit d’automne comme tant d’autres. Installée à l’abri sous le porche miteux de ma maison, j’aspirais frénétiquement de grandes bouffées de fumée sur ma clope. Les néons d’un petit motel de passe crasseux teintaient par intermittence la scène de rose fluo. Le téléphone sonna vers une heure du matin et je sus avant même de décrocher que cela annonçait encore une nuit atroce en perspective.
Reynald Kreig me demanda de le rejoindre de toute urgence à son entrepôt. Pendant un court instant, je me demandai comment j’avais bien pu me retrouver embarquée dans cette galère. J’étais loin de m’imaginer que je finirais médecin de la pègre quand j’obtins mon diplôme de médecine. Mais très vite, je repensais à mon jeune fils et aux menaces proférées son égard par Reynald. Je n’avais pas d’autre choix que de collaborer.
Je sautai dans ma vieille bagnole et je fonçai en direction des docks sous une pluie battante. L’atmosphère était pesante devant l’entrepôt, le calme anormal qui régnait fut rapidement troublé par l’arrivée en trombe de la voiture de Reynald, suivie de très près par le fourgon délabré utilisé pour les sales coups. Visiblement tout ne s’était pas déroulé comme prévu cette fois-ci. Les hommes de main de Reynald déchargèrent les trois blessés et les installèrent dans une petite pièce derrière les bureaux.
Il me fallut près de deux heures pour les rafistoler. Je fis le maximum, mais compte tenu des conditions et du peu de matériel à ma disposition, l’un d’entre eux agonisait. Je devais l’emmener à l’hôpital au plus vite, c’était une question de vie ou de mort. Reynald refusa littéralement cette option, sans doute par peur que toute son organisation soit compromise. Il avança froidement vers le malheureux, et après lui avoir murmuré quelques mots, il lui colla une balle en pleine tête. Reynald ordonna que le corps soit immédiatement découpé en morceaux et jeté aux requins.
Sur le chemin du retour, je ne pus m’empêcher de verser quelques larmes. Je crois que je ne m’habituerai jamais à toute cette violence et à ces crimes odieux. Mais au fond de moi, je sais que ça pourrait être pire. Au moins, Reynald me fournit un toit et de quoi survivre dans ce monde sans pitié.

Extrait de « Médecin de l’ombre » par Elisabeth Truchon.

 

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