La taverne de la Chèvre Trapue


 

 

La taverne de la Chèvre Trapue

De retour d’une délicate mission diplomatique, mes chevaliers et moi -Prince Haram de Ferdanie- fîmes halte dans une petite auberge de campagne. Nul ne nous reconnut car nous étions vêtus de capes élimées et de chausses boueuses, comme de simples roturiers. Tandis que nous nous réchauffions autour de choppes d’hydromel, je remarquai une jeune fille affairée à servir et desservir les tables sans relâche. Bien que cette fleur délicate ait connu moins d’hivers que moi, elle semblait déjà fanée par le labeur. Ses gestes, pourtant vifs et gracieux, étaient exécutés sans passion. Elle accomplissait son devoir avec rigueur et… résignation. Je la trouvai incroyablement belle malgré le voile de tristesse qui semblait ne jamais quitter son regard. J’appris qu’elle était la fille de l’aubergiste. Alors que je l’observais, fasciné par son incessant manège, j’eus soudain envie de tout connaître d’elle. Jamais aucune princesse n’avait suscité chez moi un tel trouble. Je revins donc à l’auberge la semaine suivante, puis la suivante et la suivante encore, sans jamais oser l’aborder. Je rêvais de l’arracher à cette vie insipide pour faire d’elle ma reine. Un soir je la vis converser avec une femme des contrées boréales. Malgré ses riches atours, celle-ci n’égalait pas le charme de ma belle servante. Je souhaitai ardemment lui offrir un jour un écrin digne de sa beauté. Je me promis de me déclarer le lendemain. Mais au matin, elle avait mystérieusement disparu. Je ne l’ai jamais revue. Voici des mois que son souvenir me hante, égare ma raison, et me prive de sommeil. L’on raconte qu’un monstre tentaculaire terrorise la région. J’ai décidé de mener une expédition afin de pourfendre cette immonde créature. Le frisson de l’aventure me redonnera peut-être goût à la vie.

Texte écrit par Sirpë Ráma

 

 

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